Témoignage d'André Brandicourt

André Bandricourt avec notre correspondant
André Brandicourt a reçu l'équipe d'AiguilleduMidi.net

 Adm.net : André Brandicourt bonjour, vous avez bien connu lancien téléphérique de lAiguille du Midi. En tant que champion de ski, vous avez conservé un record de descente sur la piste des Glaciers, puis vous avez été mobilisé en 1940 et affecté au contrôle de cette ligne stratégique. Voulez-vous nous raconter cette époque.

A.Brandicourt : Je suis né à Paris le 28 août 1916, jai toujours été un inconditionnel de Chamonix. Jy suis arrivé pour la première fois en 1928 pour des vacances avec mes parents. Nous descendions dans un hôtel qui sappelait le Chamonix-Palace qui sest appelé plus tard le Grand Hôtel puis La Résidence aujourdhui. Mon père a été après président du Ski-Club de Chamonix. Je suis venu au ski de piste comme au ski nautique dailleurs très tôt grâce à cette influence. Jai fait de la compétition en 1935, 36, 37 et pendant la guerre, en 1942 quand il y a eu les championnats de France sur la piste verte des Houches. Cest mon père qui avait tracé cette piste dailleurs.

"le général" et Emile Allais
A droite de Mr Brandicourt père dit "le général", Emile Allais
Photo prise au refuge Farini à la Gare des Glaciers

Adm.net : le Ski-Club de Chamonix, ancêtre du Club des Sports ?

A.B : Non, cétait un Club qui contrairement à son nom, regroupait plus de skieurs étrangers à la vallée, des parisiens, des lyonnais, des grenoblois entre autres, que des chamoniards. Lappartenance à ce Club nous permettait pendant la guerre dobtenir des laisser passer collectifs et ainsi de venir faire du ski à Chamonix ou à Val dIsère. Entre temps, en octobre1939, jétais à (Ecole de Haute Montagne NDLR) et cest là où jai été mobilisé à la déclaration de guerre.

Jeanine Klein Killy père et André Brandicourt
Jeanine Klein, le père de Jean Claude Killy et André Brandicourt
Terrasse de la gare de départ du téléphérique aux Pélerins en 1934


Tiens ?.. Des voyageurs !..
La benne historique des Pèlerins bientôt restaurée ?
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Adm.net : Quels souvenirs avez-vous du téléphérique des Glaciers ?

AB : Je me souviens que les voyageurs navaient pas le droit de parler au conducteur, dailleurs cette consigne était bien spécifiée sur un écriteau dans la cabine, comme dans les autobus, en quelque sorte. Le conducteur de cabine avait une longue baguette métallique avec laquelle, en frappant sur un câble, il pouvait communiquer avec le treuilliste installé dans la gare. Dans la benne, il y avait trois compartiments, un fermé et deux ouverts. Dans chaque compartiment, il y avait trois places assises et trois places debout, sauf au centre où tous les voyageurs étaient assis. Quant à la benne de service du troisième tronçon, je ne lai jamais prise.

Adm.net : Cest à cette époque que vous avez rencontré Henri de Peufheiloux, le directeur du téléphérique ?

AB : Il faisait partie de mes amis, hélas il a eu une fin tragique sur la benne de service.

Adm.net : Racontez-nous.

AB : Je ne me souviens plus exactement en quelle année cétait, en 1942 je crois. Il était sur la benne de service et suite à une coupure de courant, le plateau sest arrêté brutalement. Il ne devait pas se tenir et il a été éjecté et est tombé sur le glacier où il sest fracassé. Cétait affreux comme fin, surtout pour un homme qui était très proche de ses équipes et très impliqué dans lentreprise du téléphérique de lAiguille du Midi. Jétais à son enterrement.

souvenirs d'André Bandricourt

Adm.net : Il semble qu'il y ait eu dautres accidents ?

AB : Celui de Wenger, du village des Gaillands, de la famille qui tenait lhôtel restaurant. Un accident qui sest déroulé en avril 1940 sur la ligne de service que nous empruntions pour monter à la gare des Glaciers, puisque nous navions pas lautorisation de la direction du téléphérique dutiliser les cabines, réservées aux voyageurs. Un des rudimentaires pylônes en bois qui soutenait le câble de la ligne de service céda au passage du plateau et Wenger reçu la grosse poulie sur le crâne. Il fut tué sur le coup, drame de guerre. Guerre qui se termina fort heureusement quelques semaines plus tard sans que nous ne nous soyons battus. Mon dernier souvenir fut une descente à ski le 24 juin 1940 entre les Grands Mulets et la gare des Glaciers, dans une neige fraîche et abondante tombée durant la nuit ...


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