Témoignage de Bernard Borgarelli

bernard Borgarelli
Bernard Borgarelli chez lui en novembre 2002

Adm.net En quelle année avez-vous commencé votre carrière au téléphérique?

Bernard.Borgarelli Le 15 février 1950, comme cabinier. Ce nétait pas réellement mon métier, jétais cuisinier de formation, mais à cette époque je navais plus de travail et il fallait bien vivre. Au début, jétais rentré pour deux mois, puis jai fait toute la saison cinquante, la dernière du téléphérique des Glaciers.

Adm.net Vous avez été le dernier cabinier dans linstallation ouverte au public ?

B.B Oui, comme linstallation était obsolète et quil aurait fallu au moins changer les câbles pour la faire durer, le Comte Lora, qui avait racheté lentreprise, avait décidé alors du nouveau tracé. Lancienne Compagnie a fermé ses portes aux touristes.

Adm.net Les grands travaux ont alors commencé, vous en étiez ?

B.B Bien sûr. Nous avons commencé par construire les bennes de service pour débuter le nouveau chantier.

Adm.net Reparlons du métier de cabinier, en quoi consistait-il ?

B.B A cette époque, cétait plutôt archaïque, ne serait-ce quen terme de communication. Nous navions pas de radio. Nous avions une baguette pour sonner sur un câble dédié afin de communiquer avec le poste de commande et un code particulier de signaux.

Adm.net Cest à dire ?

B.B Deux coups cétait la montée, un long coup cétait le ralenti, trois coups cétait la descente, deux petits coups, arrêt, cétait une sorte de morse. Idem pour les bennes de service.

Adm.net Parlez-nous de ces bennes voyageurs.

B.B Elles étaient très lourdes. Chaque cabine comportait trois compartiments, deux ouverts et un fermé. Celui abrité était réservé à la première classe, avec des banquettes et des rideaux, comme dans les trains et les funiculaires. Cette configuration était celle des débuts de la ligne. De mon époque, il ny avait plus de première classe. On montait 18 voyageurs et le cabinier dans chaque voiture.

Adm.net Quest-ce qui caractérisait le trajet vers la Para et les Glaciers ?

B.B Les passages de tous les pylônes. Avec la technologie de lépoque, notamment celle des câbles qui étaient à torons, des câbles Hercules exactement, il était très difficile davoir une portée tendue. Il fallait impérativement un nombre élevé de pylônes, dont le fameux pylône double avec son rail de 25 mètres. Au pylône double, les câbles porteurs étaient ancrés sur des contrepoids. Au passage de ce point là, il fallait ralentir pour rouler le long du rail aérien en toute sécurité.

pylône isolé
L'un des nombreux pylônes sur la route de La Para

Adm.net Comment votre carrière a-t-elle évolué ?

B.B Cétait lépoque où Antoine Pocachard était directeur. Je suis devenu conducteur de treuil, il fallait être très polyvalent sur une telle installation. Puis Michel Lechat est entré en juillet 1951, mais moi, je suis le plus ancien encore vivant, je suis le " dinosaure " de la compagnie. Malheureusement, beaucoup de mes anciens camarades sont morts et il ne reste plus grand monde pour raconter cette épopée.

Adm.net Cétait dur ?

B.B Oui, mais toute léquipe croyait au projet du Comte Lora. Il navait pas beaucoup de budget, mais il était passionné et il savait transmettre sa passion. Il avait la Foi.

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