Le 9 janvier 1934, les Français apprennent la mort par balle
du financier Alexandre Stavisky dans un chalet de Chamonix
" Le vieux logis " .

Par Mark Philipps

le vieux logis
Le Vieux Logis - chalet où fut retrouvé Stavisky

Suicide ou assassinat, la disparition brutale de Stavisky secoue la troisième république. Sa mort est selon toutes apparences consécutive à un suicide mais très rapidement, l'opinion publique soupçonne des hommes politiques de premier rang de l'avoir fait assassiner pour le faire taire.

L’affaire éclate le 29 septembre 1933 à Bayonne. Des irrégularités financières sont découvertes au Crédit Municipal. La France est à cette période touchée de plein fouet par la crise économique mondiale née suite au célèbre krach de 1929.

La méthode d’Alexandre Stavisky est simple. S’enrichir sur le dos du Crédit Municipal en faisant ouvrir par des maires complices qui émettent des bons gagés sur la valeur des dépôts, négociables par les banques. Le problème, c'est que les bons en question étaient souvent engagés sur de faux bijoux, ou pire, sur des dépôts inexistants. Grâce à ses habituelles complicités, Stavisky a fait émettre à Bayonne des bons de caisse pour une valeur de 235 millions de Francs. Mais ceux-ci ne sont couverts qu'à hauteur de 20 millions par des dépôts de bijoux et autres valeurs pour couvrir la garantie.

L'affaire éclate le 29 décembre 1933. L'enquête démontre très rapidement que Stavisky, financier douteux, mais escroc richissime et mondain et qui aimait particulièrement se montrer dans les salons du tout-Paris au bras de sa femme Arlette, un ex-mannequin de Chanel, avait autrefois fait de la prison. Le vernis craque rapidement quand les enquêteurs s’aperçoivent que Stavisky est toujours poursuivi par l’autorité judiciaire. Comment le financier véreux a-t-il fait pour passer dans les mailles de la justice ?

stavisky

 

Bénéficiant d’un précieux réseau de relations très bien placées, Stavisky avait réussi d'obtenir que sa comparution soit dix-neuf fois reportée. On révèlera après sa mort que ces reports lui furent accordées par le procureur de la République de Paris, un nommé Pressard. Hors ce dernier n'est autre que le beau-frère du Président du Conseil Camille Chautemps.

L'affaire Stavisky prend alors une dimension nationale à laquelle s'ajoute une deuxième affaire troublante. Le corps du magistrat Prince est retrouvé mort près de Dijon. Celui-ci était en désaccord avec son supérieur le procureur Pressard au sujet des poursuites engagées envers Stavisky.

Les journaux s'emparent rapidement du scandale qui contribue au réveil des mouvements d'extrême droite. La mort de Stavisky met en exergue les vieilles rancœurs vis-à-vis des nouveaux riches qui ont surmonté la crise. Les xénophobes s'en prennent à une politique de naturalisation trop laxiste (Stavisky est juif d'origine russe). L'Action française royaliste, les ligues populistes de droite et les communistes dénoncent la décadence de la troisième République.

Le 9 janvier le ministre de la Justice démissionne, suivi le 10 janvier par le Cabinet Chautemps. L'indignation populaire entraîne la chute du gouvernement radical-socialiste. Édouard Daladier remplace Camille Chautemps à la présidence du Conseil. C'est l'indignation à droite comme à gauche où chacun soupçonne le gouvernement de vouloir étouffer les suites du scandale Stavisky.

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